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09Automne 2016

\Nœuds et Labyrinthes - Dossier\Le bouddhisme occidental à la croisée des chemins.

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Le bouddhisme occidental
à la croisée des chemins

Philippe CORNU, Patrick CICOGNANI, Eric ROMMELUERE, Fabrice MIDAL

p64-65

Du bouddhisme au mindfulness : évolution ou dérive ? – Philippe Cornu
Thich nhat hanh. Les fleurs ne savent pas haïr – Patrick Cicognani
Zen en occident : “s’asseoir et s’oublier” – Eric Rommeluère
“Le bouddhisme américain est magnifiquement créatif et varié.” – Fabrice Midal

Feuilleter ici les premiers pages des articles du Dossier : le bouddhisme occidental – Ultreïa ! #09

 

INTRODUCTION

Cela fait maintenant plus de deux siècles que l’Occident découvre le bouddhisme, d’abord au gré des premières traductions des orientalistes, puis, depuis une cinquantaine d’années, avec l’enseignement de maîtres asiatiques et l’implantation de centres d’études et de méditation partout dans le monde. C’est déjà assez de temps pour que le bouddhisme soit devenu l’objet de fantasmes, de récupérations diverses et de mécompréhensions, et trop peu de temps pour prédire son avenir dans nos cultures occidentales ou occidentalisées, car le bouddhisme, c’est un fait, suit le vaste mouvement de mondialisation qui nous affecte tous.” C’est sur cette analyse de l’universitaire Philippe Cornu, auteur, entre autres, d’un  magistral Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, que s’ouvre notre dossier. Il s’interroge sur l’acclimatation en Occident d’une pensée née en Asie au VIe siècle avant notre ère et qui modifia radicalement notre regard sur la nature de l’esprit. Mais si la fécondation de notre culture par le bouddhisme est indéniable, dans quelle mesure celui-ci peut-il répondre à l’essoufflement de notre monde et à notre soif d’intériorité ?

Quatre spécialistes – tous pratiquants du bouddhisme – tentent ici de répondre à cette question qui, pour Philippe Cornu, prendrait la forme d’une transmission correcte du message du Bouddha et de ses disciples “tant dans sa profondeur que dans ses aspects pratiques, ce qui implique l’indispensable dissipation des fantasmes, la claire distinction entre le message bouddhique et les cultures asiatiques qui l’ont véhiculé, la précision des traductions et du vocabulaire employé, une pédagogie adaptée mais non simplifiée, l’étude approfondie des textes originaux, la compréhension claire du sens profond des enseignements et de la manière dont ils s’incarnent dans notre existence, et aussi leur mise en pratique régulière sur une longue durée, sans chercher à les instrumentaliser”.

Patrick Cicognani, qui, depuis des années, suit les enseignements du maître vietnamien Thich Nhat Hanh, nous rappelle quant à lui les “engagements” de celui qui s’opposa à la guerre du Vietnam et qui enseigna aux USA puis se réfugia en France en 1969. Il “contribua à un mouvement collectif américain cherchant à transformer les souffrances individuelles et sociales par une compréhension en profondeur de la nature humaine”. Un enseignement qui s’épanouit aussi au Village des Pruniers ( sud-ouest de la France ) avec sa communauté de plus de deux cents résidents, moines et moniales de toutes  nationalités, “lieu de paix, de fraîcheur, de sourires, de compréhension” créé par ce “poète, jardinier, dont le rayonnement spirituel est immense… et qui a enseigné aux voyageurs du monde entier comment naviguer vers l’autre rive, celle de la liberté”.

Au Japon, ce sont deux écoles zen qui sont établies depuis huit siècles : les traditions sôtô et rinzai. Elles ont leurs pratiques, leurs formes et leurs rites, que nous décrypte Éric Rommeluère, enseignant bouddhiste formé dans cette tradition zen et à l’origine de nombreux articles et essais explorant les enseignements du Bouddha, leurs interprétations et leurs adaptations en Occident.
Pour le zen, précise-t-il, “il faut toujours en revenir à l’exercice de la perte, se défaire de toutes les volontés de négocier, de se protéger, de se caparaçonner”. Mais de conclure que “les temps ont bien changé… Les successeurs des maîtres japonais, devenus sages, ne contestent plus la société de  consommation. Leur auditoire aussi s’est renouvelé, avec d’autres motivations que de s’engager dans l’expérience de la perte. Désormais, la méditation attire non pour sa puissance d’exploration des confusions mais pour ses vertus d’apaisement.

“Incroyablement créatif et varié” : voilà comment Fabrice Midal, auteur d’ouvrages sur la méditation
et enseignant à l’École occidentale de méditation, qualifie le bouddhisme américain. Après un historique de ce mouvement “véhiculé par des êtres de grande qualité, tel D. T. Suzuki, l’auteur des Essais sur le bouddhisme zen, qui a introduit cette pratique aux USA dans les années 1950”, notre chroniqueur évoque les grandes figures qui ont incarné la rencontre du Dhârma avec l’esprit des poètes naturalistes américains, tel H. D. Thoreau, et l’incroyable vitalité des échanges entre Shunryu Suzuki, Chögyam
Trungpa et la beat generation, sous la bannière, entre autres, d’Allen Ginsberg.

Mais aussi l’émergence de nouvelles figures tel Jack Kornfield et son “bouddhisme engagé”, ou encore ces grandes enseignantes de la méditation : Sharon Salzberg, Pema Chödrön et Tara Brach qui, chacune à leur manière, – “l’amour qui guérit”, “l’acceptation de la vulnérabilité pour accéder à un état méditatif” ou “comment se guérir de son jugement intérieur” – revivifient le message du plus célèbre des “Éveillés”.
Finalement, quelles que soient les voies empruntées, ou nouvellement explorées, “nous sommes, souligne Philippe Cornu, en présence d’une voie spirituelle complète qui interroge tous les aspects de l’existence”.

A retrouver dans ULTREÏA ! #09 

© Alexandre Sattler